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3 Ans de Slashing : Entre le mythe et la réalité

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Slasheuse ? Comment ça ? En vérité, je ne connais ce terme que depuis peu. Ce terme qui désigne celles et ceux qui comme moi, cumulent plusieurs activités professionnelles. Ceux qu’on appelle aussi plus discrètement des cumulard(e)s ou Salariés-Freelances. Ceux qui bossent après le travail, ceux qui enchaînent des jobs différents, ceux qui jonglent avec plusieurs statuts professionnels.

Voilà encore un terme bien Marketing et bien commercial, récemment évoqué par les médias francophones, qui en quête de nouveaux sujets, souhaitaient pouvoir désigner plus facilement ces personnes qui ont plusieurs jobs. Un terme qui donne presque l’impression au travers des rares publications sur la question, que ce Slashing est quelque chose de sympathique, en vogue et qui accessoirement permet de gagner mieux sa vie, entre passion et activités pratiquées avec plénitude et épanouissement personnel.

La réalité de ce Slashing, après 3 ans, pour ma part, n’est pas aussi chouette. 

Je ne listerai pas à nouveau tous les avantages et inconvénients à cumuler des activités pros. Mais très simplement, je dirai que c’est loin d’être toujours aussi fun que dans les articles qu’on peut découvrir dans la presse et les médias.

Ces articles évoquent souvent des profils hétéroclites, dont les activités pratiquées simultanément par les protagonistes sont très couramment diamétralement opposées. Comme pour exposer des profils volontairement exceptionnels. Les publications présentent la plupart du temps des personnes qui vivent plutôt très bien le cumul de job, qui gagnent plutôt bien leur vie, qui sont ainsi très bien dans leurs baskets de cumulard(e)s, mettant de l’argent de côté pour plus tard ou pour réaliser leurs rêves de voyages.

La réalité rarement évoquée, c’est celle des galères des cumulards. Celle des limites du cumul. Celles du pourquoi beaucoup optent pour du cumul alors que, soyons honnêtes, si la plupart avaient le choix, ils ne cumuleraient pas, ou pas autant. Parce que la réalité du Slashing, elle est toute autre que celle joliment présentée dans la presse et les médias.

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La Réalité du Slashing

Le cumul d’activités pros arrive souvent pour compléter des revenus. Beaucoup de cumulards enchaînent des activités professionnelles car l’un des jobs est à temps partiel et ne paie pas suffisamment pour permettre de vivre convenablement avec un salaire à temps partiel. Rien de nouveau sous les tropiques. La plupart des jobs aujourd’hui, dans le privé ou pas, sont en interim ou en CDD, donc à court durée et pas toujours à temps plein. Alors que fait-on quand c’est comme ça ? Bah on cherche de quoi compléter. Purement et simplement.

Autre jolie chose rarement voire jamais évoquée, la Double Cotisation

Beaucoup de cumulards cotisent en double :

Saviez-vous qu’un(e) salarié(e) freelance cotise X2 ? Pour l’exemple, l’auto-entrepreneur libéral et salarié, ce sera une cotisation au RSI pour l’activité en freelance + une cotisation pour la sécurité sociale dans le cadre du salariat. Bien entendu, quand le salarié freelance tombe malade, il n’est pas remboursé deux fois des consultations chez le généraliste, des éventuels frais en pharmacie. Idem pour les consultations spécialistes, examens d’imagerie ou encore les arrêts maladie. Sinon ce serait trop beau ! Bref, le système est tellement bien fait que ces personnes-là, dont je fais partie, paie 2 fois. Sachant que c’est l’activité principale, enfin, dans les faits, celle qui vous rémunère le plus, qui décide de l’organisme dont vous dépendez, alors il vaut mieux gagner + en tant que salarié qu’en tant que Freelance, tant on sait que le RSI est défaillant… Et ça, ça n’est JAMAIS indiqué dans les jolies publications sur les très heureux slashers.

La double cotisation ne s’arrête pas là. C’est idem pour la formation. En revanche pour la retraite non, sinon ce serait trop beau. Selon le statut en freelance, notamment pour la micro-entreprise, nouveau petit nom à donner désormais à l’auto-entrepreneuriat, il faut atteindre des seuils. Sans quoi le trimestre, on peut s’asseoir dessus. Imaginez alors que vous bossez beaucoup jusqu’à presque atteindre le seuil en euros mais que vous ne l’atteignez pas ? Bah pas de cotisation pour la retraite. Youhou !

Se lancer quand on est salarié(e)

Saviez-vous que pour être salarié et freelance, il fallait dans divers cas prévenir l’employeur et obtenir son accord ? Cela se passe notamment en vérifiant que son contrat contient des clauses d’exclusivité et/ou de non concurrence. Bah oui, si on fait par exemple du dépannage d’ordinateurs en tant que salarié d’une boîte de dépannage de 10 personnes, et que parce qu’on est bon et qu’on aime ça, on souhaite le faire le weekend et les soirs notamment parce que là où on habite, il y a tout plein de séniors qui ne savent pas dépanner leurs ordis, bah cela ne va pas être aussi simple que ça. Il va falloir vérifier dans son contrat si il y a la fameuse clause de non-concurrence. Parce que oui, si on répare en tant qu’indépendant les ordis des voisins, ce sera en directe concurrence avec la boîte pour laquelle on bosse, qui pourrait elle-aussi réparer/dépanner les ordinateurs en question.

J’ai donc pour ma part, même si les activités sont différentes et qu’il n’y a pas de concurrence, prévenu mon employeur du lancement de mon autre activité pro. Sans son accord, cela aurait pu vite devenir compliqué le cas échéant. La cause d’exclusivité ! Vérifiez-bien !

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La Réalité Terrain

Avoir plusieurs jobs, c’est aussi bosser beaucoup plus. Par définition. Vous rentrez du bureau/du boulot. Il faut enchaîner avec l’autre. La thune, elle ne tombe pas toute seule. Et les heures, il y en a toujours seulement 24 par jour. Or, cumuler, ça ne s’improvise pas. Cela signifie que les weekends seront grignotés fort probablement. Les congés, les RTT. Les heures de sommeil seront probablement revues à la baisse quand la fatigue ira à la hausse. Cumuler, même si c’est du mi-temps pour deux activités, ça veut dire à chaque fois, devoir se conditionner à 2 rythmes différents, à des clientèles différentes, à des univers différents. Tout ça pour la santé et le moral ce n’est pas anodin. Tant ce n’est pas anodin pour la vie perso et la vie de famille.

Un Tableau noir ?

Cette publication rappelle certaines réalités du Slashing et pas forcément les plus réjouissantes. Un tableau plutôt noirci du Slashing, j’en conviens. Mais non, le slashing n’est pas que du BAD et du noir du matin au soir.

Le slashing, c’est aussi et souvent, une seconde activité pro qu’on aura savamment choisi, parce qu’on aime cette autre activité. C’est mon cas. Et heureusement, dans ce slashing qui se répand de plus en plus, il y a donc incontestablement une recherche d’un travail passion, d’un travail qu’on aime, chez les cumulards. Ce qui évidemment est une bonne nouvelle.

Même si le cumul est d’abord un besoin et une envie de gagner plus, c’est aussi un moyen de travailler à sa façon, d’obtenir sa propre reconnaissance face au marché difficile et à la conjoncture économique complexe actuelle. Bosser pour soi et par soi, c’est gratifiant, quand bien même on ne bosse parfois que pour payer quelques restos en plus dans le mois ou le trimestre.

Et s’il est une chose qui est positive dans le slashing, c’est l’émergence croissante du choix de l’indépendance. Car s’il y a cumul, c’est très rarement un cumul de deux salariats. Or à l’inverse, on peut constater une montée crescendo des slashers qui exercent en tant qu’indépendants. Car dans la recherche de revenus supplémentaires, il y a aussi cette envie d’être son propre boss, de ne pas dépendre d’une hiérarchie et d’un système français généralement très désuet et qui enferme couramment le salarié dans un carcan qui peut devenir lourd à supporter.

Alors le slashing, oui, c’est aussi du bon. C’est une recherche de liberté et de gratitude personnelle. C’est une envie de sortir de sa zone de confort, de gagner +, avec les risques que ça comporte.

Mais pour le pratiquer, si toutefois vous l’envisagiez, mieux vaut questionner et se renseigner auprès de ceux et celles qui le vivent, plutôt que de se fier à ce qui paraît dans la presse.

3 Ans de Slashing : Entre le mythe et la réalité

Mieux vaut s’engager dans ce type d’activité pro, en ayant un maximum d’informations avant :)

GG

 

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5 Comments

  • Reply
    Julia
    18 février 2017 at 18 h 07 min

    Effectivement, une vie de slash c’est aussi beaucoup de nuances !
    Très juste cet article !

    • Reply
      GG
      19 février 2017 at 11 h 37 min

      de la nuance oui, tu as tout résumé :)

  • Reply
    Marilyn
    22 février 2017 at 0 h 36 min

    Merci pour ce retour d’expérience très transparent !

  • Reply
    Aurelie
    17 mars 2017 at 22 h 11 min

    Je ne suis pas trop les médias français donc je n’avais pas noté que le slashing était en vogue, le nouveau truc cool des personnes indépendantes par opposition, j’imagine, à ceux qui rêvent encore à un poste à vie comme leurs parents. J’admire beaucoup ton énergie pour cumuler ces deux activités, vraiment. Je comprends que cela puisse faire réagir lorsqu’on voit que certains aspects essentiels de ce cumul sont passés sous silence (notamment la double cotisation). Cela vaut la peine (être son boss, faire ce qu’on aime) espérons que des ajustements seront faits pour prendre en compte cette nouvelle réalité qui je suppose, prendra de plus en plus de place dans notre économie. Bon slash alors :)

    • Reply
      GG
      18 mars 2017 at 10 h 16 min

      Je ne sais pas trop si toutefois quelque chose est prévue pour empêcher une double cotisation. Vu la complexité des systèmes CPAM et RSI, je me doute que le chantier serait long… Pour la cotisation retraite, idem. Sachant que le nombre de concernés grandit mais reste négligeable, ce ne sera pas forcément une priorité.
      Pour le reste, oh oui que c’est bon d’être son propre boss ! Merci Aurélie !

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