Humeurs

Je n’aime pas serrer la main

Vie au travail

Bon, par ici, rares sont les billets doux au cours desquels je distille du perso. Mais puisque tout arrive, pourquoi ne pas y venir, ne serait-ce que pour aborder quelque chose qui semble laisser pantois certain(e)s.

Mais de quoi parle-t-on là ?

L’idée de cet article m’est venue en lisant ce billet de Romy sur son Blog Romy Têtue. Un article dans lequel Romy explique comment un matin, elle a envoyé un email à ses nouveaux collègues, pour se présenter, tout en glissant le fait qu’elle préférait ne pas faire la bise au travail. Vous savez, la fameuse bise qui sert à se saluer, dans le pro comme dans le perso, dans notre plat pays. Cela tient-il de la tradition plutôt que d’un rite culturel ? En fait, osef.

Toujours est-il que voilà. Quand j’ai parcouru puis ai terminé de lire l’article de Romy, je me suis revue devoir expliquer à des personnes que je côtoie au travail, pourquoi je ne serrais pas la main.

Parce que voilà, autant que faire se peut, j’évite de serrer la main au travail. Je ne sais plus depuis quand. C’est arrivé il y a quelques années. Je me suis rendue compte que voilà, ça ne venait pas spontanément. Pire encore, ça me coûtait.

Il se trouve que j’ai la chance d’évoluer depuis plusieurs années en open space. Et ça c’est une chance dans le sens où nous sommes parfois tellement nombreux et avec des heures d’arrivées au travail tellement différentes, que beaucoup se contentent d’un bonjour oral, avec un balayage de l’environnement du regard. Genre un bonjour pour tout le monde. Et ça c’est bien. Forcément, ça me va.

Sauf que je fais souvent partie depuis quelques années, de ceux qui sont là tôt. Vers 8h ou avant. Ce qui signifie que je suis souvent spectatrice de l’éternel défilé des collègues qui arrivent, un(e) à un(e).

Et autant dire que la plupart des gens pour le coup, sont polis. Il y a souvent juste un petit bonjour discret, de celui ou celle qui arrive dans un espace encore relativement peu occupé. Un petit bonjour discret à ceux/celles qui sont déjà les yeux rivés devant leur écran, à bosser.

Sauf que ça, c’est le bon côté. Et quand on évoqué un “BON” côté, c’est souvent parce qu’il y en a d’autres, moins bons.

Quand on bosse en open space, on a aussi droit à celles/ceux qui font le tour du proprio et qui font la bise. Mais aussi ceux qui serrent la main. Et il se trouve que si heureusement pour moi, la bise n’est pas un rite par ici, le serrage de poigne lui, si.

Et c’est là qu’un jour, en intégrant une nouvelle direction, au bout d’une semaine ou deux, j’ai glissé à quelqu’un que j’avais déjà croisé sur différents projets, que je ne serrais pas beaucoup la main, ou en tout cas, que je n’étais pas fan du serrage de poignes. J’ai souvenir d’avoir vu ce jour-là, un sourire. Je ne m’étais pas formalisée. Je n’avais pas non plus cherché à interpréter ce sourire.

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Quoi qu’il en soit, au fil des jours, inéluctablement, des mains me furent tendues, pour que je les serre. Par pure politesse. Par savoir vivre. En effet, je ne me promenais pas avec dans le dos ou au dessus de la tête, un bandeau lumineux qui clignote sur lequel on aurait pu lire “no handshake please ! :)”.

Alors je répondais à la politesse et serrais la main aux collègues qui me tendaient la main.

Sauf que sans que je le sache, cette préférence dont j’avais fait part à une collègue, avait fait tout le tour de l’open space. Ou quand le bouche à oreille fonctionne bien, super bien. Ce fait complètement dérisoire était alors connu de beaucoup de monde. Comprendre aussi par là que certain(e)s s’étaient interrogé sur le pourquoi je ne serrais pas la main (dans la mesure du possible). Vous me l’accorderez je l’espère : il y a pourtant bien plus important au travail, que de s’arrêter sur ce genre de détails concernant une personne dans une boîte où nous sommes plusieurs milliers.

Aussi, sans surprise, plusieurs fois, au lieu de me parler de mon travail sur tel ou tel projet, sur éventuellement comment j’allais, je me suis retrouvée à devoir me justifier sur le pourquoi je n’étais pas fan du serrage de main. Comme si c’était quelque chose de rarissime. Comme si c’était presque grave. Je n’ai jamais cherché à savoir ce qui avait pu être imaginé. A-t-on cru que j’avais peur d’éventuels microbes ? Par conviction personnelle ? En vérité je n’en sais fichtre rien et surtout : J’en m’en fiche.

Mais voilà, j’étais un peu fichée. J’étais celle qui n’aimait pas serrer la main. Celle qui avait donc une habitude bizarre qui consistait avec éviter le serrage de poigne. Il en faut peu donc, n’est-ce pas, pour que des interrogations tombent, pour que l’on se questionne sur vous, sur le pourquoi, le comment, les raisons tacites… Bref, force était de le constater : ça intriguait.

Sur le fond, normal qu’on s’interroge sur le pourquoi je n’aime pas serrer la main. A priori, ça n’est pas si courant, encore que, je suis sûre que d’autres partagent cette préférence. Et encore que, je suis assez sûre que beaucoup peuvent difficilement communiquer sur le souhait de ne pas “serrer la main”.

Mais fichtre, ça n’est pourtant pas si fou, de simplement préférer saluer oralement, avec ou sans sourire, avec ou sans signe de la tête, avec ou sans autre signe de politesse envers les collègues, dans l’univers pro. Car l’idée ce n’est pas de nier la politesse. Bien au contraire. L’absence de bise ou de serrage de main n’est pas incompatible avec du savoir vivre et de la politesse. Je préfère par exemple dire bonjour à un collègue en le regardant dans les yeux, plutôt que de serrer la main par pure tradition à la noix, sans que ni l’un ni l’autre ne voit ça comme un signe de politesse, et donc en faisant ça par pur mécanisme.

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Et si tout simplement, je n’avais pas envie de jouer le jeu du mécanisme social qui n’apporte pas grand chose, tout en répondant avec plaisir aux codes sociaux que je respecte, à savoir faire preuve spontanément de politesse, en disant bonjour oralement ?

Que je passe pour la cheloue de service ou l’impolie, peu m’importe. Je sais que ce n’est ni l’un ni l’autre. Mais me sentir obligée, de serrer des mains en boucle alors que la moitié de ceux qui me serrent la main ignorent qui je suis et sur quoi je bosse, voire qui probablement ne me parleront jamais, ça me dépasse.

Et évidemment, je suis encore 1000 fois moins fan de la bise. En tout cas au travail. Le reste du temps, donc par élimination dans l’univers perso, ça ne me pose pas de problème. Ou pas trop. Tout dépend des situations.

Je trouve fou en fait qu’en 2017/2018, il faille encore s’arrêter sur ce genre de choses. J’entends par là, de devoir appréhender d’afficher qu’on préfère ne pas serrer la main ou ne pas faire la bise à ses collègues.

L’important n’est-il pas d’être poli(e) ? L’important n’est-il pas de saluer ses collègues, même si c’est oralement only ?

Je ne refuse pas la politesse, je la respecte et je déplore quand je croise des impolis. Et e me contente d’un salut ou d’un bonjour.

Il est fort probable que je ne publie pas cet article tout de suite, ni ce soir. Ni demain. Peut-être même qu’il ne sortira jamais. Faut avouer, tout ça peut sembler dérisoire. On me dira peut-être que je devrais m’estimer heureuse de ne pas avoir droit au claquage de bise quotidien.

Mais en fait, nan. Je ne m’estime pas heureuse. Je n’ai juste pas envie de m’estimer heureuse de devoir bisouiller les pairs de joues à des dizaines de reprises dans le matin ou plus tard dans la journée. Et donc, je ne me réjouis pas d’avoir à serrer des mains non plus.

Pas besoin de chercher à savoir si c’est surtout avec les hommes plutôt qu’avec les femmes. Je n’ai jamais fait le distinguo depuis que j’ai réalisé que ça me coûtait de serrer la main à beaucoup de personnes que je ne croise parfois que 2 fois dans l’année. Femme ou homme, c’est kifkif. J’aime pas. Point barre. La bise idem.

Alors voilà, depuis quelques mois, quand le turn over fait qu’on me serre la main parce qu’on ne me connaît pas, je le précise quand quelqu’un s’arrête devant mon bureau et en faisant signe de lever le bras en attendant que je fasse de même. Si toutefois je suis prise par surprise, que la main m’est tendue, alors je réponds à la politesse en serrant la main. Mais je précise quand même, la plupart du temps : “Je ne serre pas la main désolée”. Ouip, je m’en excuse, car je sais que cela peut déstabiliser l’autre. Je le sais car je l’ai vu.

Je ne refuse pas définitivement de serrer la main. Il arrive que ça se fasse, parce que c’est spontané de la part de l’autre partie. Parce que la situation ne s’y prête parfois pas du tout. J’ai des préférences, mais je ne suis pas suffisamment prête on dirait, pour un autoboycott social au travail, bien qu’il soit quelque peu entamé.

Mais voilà, je suis de ces personnes qui apprécient de pouvoir conserver une distance physique au travail. Cela s’est fait avec le temps et une quinzaine d’années de vie pro. Avec beaucoup d’hommes et plusieurs années passées avec surtout des hommes. Et surtout : après beaucoup d’années en open space.

J’avais rédigé cet article en quasi intégralité l’an dernier, le 14 février 2018. Et je le publie aujourd’hui, alors que j’ai repris le travail depuis un mois suite à mon congé maternité. Pourquoi je n’ai pas publié avant ? Parce que comme Romy dans son article, je n’étais pas à l’aise à l’idée d’aborder la chose. Bah oui, c’est con comme bonjour, mais même en 2018 ou en 2019, une simple préférence de ce type, ça peut encore faire jaser du monde pendant des jours. Au boulot. Comme ça peut encore suffire à vous cataloguer.
Ce qui en dit long sur notre époque. Quand quelque chose d’aussi dérisoire est suffisant pour que ça mette un employé mal à l’aise, c’est bien que le chemin est encore long, avant qu’on atteigne un step lors duquel on se concentrera vraiment sur l’essentiel : Le pourquoi on est là. Le pourquoi on se lève le matin. Notamment son job.

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1 Comment

  • Reply
    Marie afdmt
    15 février 2019 at 10 h 17 min

    Ahhhh merci mille fois pour cet article. Je me sens moins seule. Moi c’est bise (pourquoi tu ne fais pas la bise… t’as la grippe ?) ET serrage de mains. Pas facile de ruser pour éviter ça hélas. Je suis d’un naturel sociable, mais je trouve aussi qu’un petit salut de la tête ou un petit mot sympa valent toutes les bises et serrage de paluches

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