Freelance à la maison : la canicule comme révélateur

Depuis que je travaille en freelance à la maison, j’ai traversé beaucoup de choses. Des journées sans fin, des clients impossibles, des semaines sans frontière entre le boulot et le reste. Mais l’été 2026 a introduit quelque chose de nouveau : j’ai passé des jours presque entiers à travailler dans le noir.

Pas le noir complet. Disons la pénombre. Les stores baissés dès 9h du matin pour bloquer le soleil. Parce qu’on est orienté avec un soleil du matin au soir, pas de traversant, et qu’une fois que le soleil tape sur les vitres, la température monte vite et ne redescend pas. Donc stores baissés, lumière artificielle, et une sensation de vivre dans une grotte.

Ce que la canicule révèle sur les conditions de travail à domicile

Quand on est salarié et que le bureau devient un four, il se passe quelque chose : les RH envoient une note, l’employeur met en place des horaires aménagés, la loi prévoit des mesures. Quand on est freelance à la maison, il ne se passe rien. On s’arrange. On ferme les stores. On déplace son ordinateur dans la pièce la moins chaude. On réorganise ses horaires sans que personne ne le demande ni ne le remarque.

Cette asymétrie, je la connaissais dans l’abstrait depuis dix ans. Mais cet été, elle est devenue physique et quotidienne. La canicule ne m’a pas empêchée de travailler. Elle a juste rendu visible ce que j’accepte silencieusement depuis longtemps : mes conditions de travail dépendent entièrement de mon logement, de son orientation, de son isolation, de ce que je peux ou ne peux pas y faire.

29-30 degrés dans l’appartement, stores baissés toute la journée

On n’a pas eu 40 degrés chez nous. Au pire 29-30 dans l’appartement, ce qui peut sembler modéré comparé aux records enregistrés cet été en France. Mais 29-30 degrés dans un appartement plein sud, pas traversant, avec un ordinateur qui chauffe et une connexion à maintenir pour des clients qui eux travaillent dans des open spaces climatisés à 22 degrés, c’est une autre réalité.

La solution de survie : baisser les stores dès le matin avant que la chaleur ne s’installe, et ne les relever qu’en fin de soirée. Ce geste simple, répété pendant des semaines, a transformé mon rapport à ma journée. Travailler dans la pénombre en été, avec la lumière du plafonnier à 10h du matin alors que le soleil tape dehors, c’est une expérience mentalement bizarre. On perd la notion du temps, on se déconnecte du rythme naturel de la journée, on finit par ne plus savoir s’il fait encore beau ou si un orage s’est levé.

La réorganisation silencieuse des horaires

Sans que personne ne me le demande, j’ai décalé une grande partie de mon travail. Le matin tôt, avant 9h, pendant les deux ou trois heures où l’appartement est encore frais de la nuit. Et le soir, à partir de 19h, quand la chaleur commence à se dissiper. L’après-midi, entre 13h et 17h, je fais ce qui demande le moins de concentration : les réponses aux emails routiniers, la facturation, les petites tâches administratives.

C’est une forme d’adaptation que j’aurais du mal à expliquer à un client qui m’envoie une demande urgente à 15h un jeudi de juillet. Pas parce que je ne travaille pas, mais parce que le contexte dans lequel il envoie ce message et celui dans lequel je le reçois n’ont rien à voir.

La question de la clim, encore et toujours

J’ai un article sur ce blog qui date de l’été dernier, dans lequel j’expliquais pourquoi on réfléchissait sérieusement à installer une climatisation. Un an plus tard, on n’en a toujours pas. Pas parce qu’on a changé d’avis, mais parce que entre la copropriété, les démarches, le budget et les stocks épuisés partout cet été, fait que le projet est en attente.

La canicule de 2026 a définitivement tranché la question dans ma tête. Ce n’est plus un débat. C’est une nécessité professionnelle, pas seulement un confort personnel. Quand vos conditions de travail dépendent de la température de votre appartement et que cette température devient ingérable plusieurs semaines par an, l’investissement n’est plus optionnel.

Ce que dix ans de freelance à la maison m’ont appris à accepter

J’ai appris à composer avec beaucoup de choses en dix ans. Le sentiment d’isolement certains jours, l’absence de frontière entre le personnel et le professionnel, la solitude des décisions importantes, la gestion de tout en solo. Les aléas financiers avec les clients qui ne paient pas. Ce sont des choses qu’on intègre progressivement, qu’on apprivoise.

La chaleur, c’est différent. Ce n’est pas une question d’organisation ou de discipline. C’est physique. Et contrairement aux autres défis du travail indépendant, il n’y a pas vraiment de méthode pour s’y adapter mentalement. On peut réorganiser ses horaires, baisser ses stores, déplacer son bureau. Mais on ne peut pas décider de trouver la chaleur confortable quand elle ne l’est pas.

Ce que l’été 2026 a changé dans mon rapport au travail à la maison : j’ai arrêté de me dire que c’était temporaire. Ce ne sera pas le dernier été comme ça. Et la question de l’aménagement de mon espace de travail pour des étés de plus en plus chauds est maintenant dans ma liste de priorités, pas dans celle des choses qu’on verra plus tard.

Sur le même sujet depuis ces dix ans de freelance à la maison : la confusion entre bosser à la maison et être freelance, une distinction que j’essaie encore d’expliquer aujourd’hui. Et si vous vous demandez pourquoi j’ai tenu aussi longtemps dans ce modèle, j’ai écrit là-dessus : j’ai encore envie de rester freelance très longtemps. Quant à la clim qu’on n’a toujours pas installée, l’été dernier j’avais posé la question sérieusement — la réponse n’a pas changé, juste la conviction que c’est inévitable.


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Griselidis
Griselidis

Maman depuis septembre 2018, j'alimente cet humble blog avec des tranches de vie du quotidien depuis bientôt 12 ans. En partageant sur les plantes de notre jungle intérieure ou encore sur notre vie de famille recomposée

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